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Sur GABFLE, il y a des interviews authentiques de personnes francophones, à écouter ou à lire,
des exercices, des remarques de grammaire, de vocabulaire, de prononciation.

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jeudi 1 janvier 2009

DOCUMENT DE COMPREHENSION ORALE pour le niveau A1+ (Lison) :

Lison se présente :



Lison est une petite fille qui va à l’école primaire. Elle se présente et parle d’elle, de sa famille et de ses loisirs et de sa chambre !









DOCUMENT AUDIO :
D’abord, avant d’écouter l’interview, lisez les questions suivantes.

1) Quel âge a Lison ?
2) Combien de frères ou de sœurs a Lison ?
3) Quels animaux Lison aime beaucoup ?
4) Quand est-ce que Lison fait du sport dans un club ?
5) Quelle autre chose aime Lison ?
6) Qu’est-ce qu’il n’y a pas dans la chambre de Lison ?


Écoutez ensuite le document audio, 2 fois ou plus (l'interview dure 2 minutes 31).






EXERCICE :
Puis pour chaque question, choisissez la réponse correcte.


















TRANCRIPTION :
Enfin, vous pouvez lire le texte de l’interview pour mieux comprendre Lison.

Gab : Bonjour Lison, est-ce que tu pourrais (a) te présenter ?
Lison : Je… ben (1) je m’appelle Lison, donc (2). J’ai 8 ans.
Gab : Tu es en quelle classe ?
Lison : En CE2*.
Gab : En CE2, d’accord. Et tu habites où ?
Lison : Euh, à Languidic**.
Gab : C’est en Bretagne !
Lison : Oui.
Gab : Et oui. Tu as une grande famille, peut-être ?
Lison : J’ai un petit (3) frère, j’ai deux mamies, trois papis, et puis, j’ai des tantes, et des oncles.
Gab : D’accord. Ça fait une grande famille. D’accord. Et puis je sais que (A)… j’ai vu ta chambre, euh (4), je sais que tu aimes plein, plein de (B) choses. Tu pourrais nous expliquer, euh, quelles sont tes passions, les trucs (C) que tu aimes vraiment beaucoup ?
Lison : Le cheval (b). La piscine, la natation…
Gab : Et le cheval, tu fais du cheval dans un club ?
Lison : Oui.
Gab : Quand ? Tu peux expliquer peut-être?
Lison : Ben, [on entend son petit frère], le mercredi [on entend son petit frère], chaque semaine, dans… dans un club à Hennebont*** qui s’appelle l’Ouest Coral…
Gab : Et qu’est-ce que tu fais quand tu vas au club ?
Lison : Ben, je monte (D) sur des poneys.
Gab : Ah ouais (5), d’accord. Et, euh, je pense que tu aimes bien aussi dessiner.
Lison : Ben j’aime bien dessiner à… à une peinture qui s’appelle l’aquarelle, avec des crayons spéciaux (c) et de l’eau.
Gab : D’accord. Bon, ben très bien. Peut-être que tu pourrais finir en expliquant comment est ta chambre. Qu’est-ce qu’il y a dans ta chambre ?
Lison : Ben, il y a (6) une mezzanine. Une mezzanine, c’est un lit en hauteur. C’est assez grand. J’ai un bureau (E), un château de Playmobil où mon petit frère joue souvent avec !
Gab : Oui, maintenant d’ailleurs (F) !
[rires]
Gab : Ouais, et sur les murs ?
Lison : Plein de posters, d’affiches, j’ai un volet (G), enfin (7) une fenêtre on va dire.
Gab : Et il y a plein de couleurs…
Lison : Oui.
Gab : D’accord, ben merci Lison !

Lison : Au revoir !
Remarques sur la prononciation et les habitudes de langage :
1) Ben = bien. On dit « ben » pour commencer une explication. C’est un mot un peu familier.
2) Donc : Lison dit « donc » parce que c’est déjà clair qu’elle s’appelle Lison.
3) Petit : ici, Lison prononce « pti ». C’est une prononciation normale dans la partie nord de la France.
4) Euh : on dit « euh » quand on hésite, quand on cherche ses mots…
5) Ouais = oui. Mais « ouais » est un mot un peu familier (non standard).
6) Il y a : Lison (comme beaucoup de gens) prononce « y’a ».
7) Enfin : on peut dire « enfin », comme ici, pour dire un mot plus exact ou plus clair. Exemple : « Hier soir, j’ai bu du vin, enfin j’ai bu du Champagne » MAIS « enfin » sert aussi à présenter la dernière chose d’une liste. Exemple : « Comment utiliser les interviews de Gabfle ? D’abord, lisez les questions. Ensuite, écoutez l’interview une ou deux ou trois fois. Puis faites le quizz. Et enfin, lisez le texte de l’interview ! ».

Remarques de grammaire :
a) Tu pourrais = tu peux s’il te plaît (« pourrais » est une forme plus polie).
b) Le cheval : attention, on dit « un cheval », « le cheval » mais « des chevaux », « les chevaux ». Et on dit « un animal », « l’animal » mais « des animaux », « les animaux ».
c) Spéciaux : on dit « un crayon spécial » mais « des crayons spéciaux ».

Remarques de vocabulaire :
A) Et puis je sais que =
« et je sais aussi que ».
B) Plein de = « beaucoup de ». Mais « plein de » est un mot un peu familier (non standard).
C) Les trucs = « les choses ». Mais « truc » est un mot un peu familier (non standard). On dit un truc (masculin).
D) Je monte : on peut dire « je fais du cheval » ou « je monte à cheval ».
E) Un bureau = (ici) une table pour écrire.
F) D’ailleurs = (ici) justement.
G) Un volet = un système pour fermer une fenêtre.

Remarques culturelles :
* CE2 = un niveau, une classe à l’école primaire.
Voici le système de l’école primaire en France :
CP = cours préparatoire (de 6 à 7 ans).
CE1 = cours élémentaire 1 (de 7 à 8 ans).
CE2 = cours élémentaire 2 (de 8 à 9 ans).
CM1 = cours moyen 1 (de 9 à 10 ans).
CM2 = cours moyen 2 (de 10 à 11 ans).
** Languidic : c’est un petit village de Bretagne.
*** Hennebont : c’est un village juste à côté de Languidic.


Pour situer ces villages, regardez la carte de la Bretagne :


Agrandir le plan

mardi 2 décembre 2008

DOCUMENT DE COMPREHENSION ORALE pour le niveau B2+ (Ghislain) :


La vie de Ghislain pendant la guerre (4).



Voici la fin de l’interview de Ghislain, qui a 86 ans, au cours de laquelle il raconte son enrôlement pour le service du travail obligatoire (STO) et son séjour en Autriche puis son retour. Il parle ici de l’après-guerre, des relations avec les anciens du STO. Si vous n’avez pas écouté les trois premières parties, je vous conseille de le faire avant d’écouter celle-ci, vous comprendrez mieux l’ensemble.





Première partie

Deuxième partie

Troisième partie


DOCUMENT AUDIO :
Avant d’écouter le document et de faire l’exercice, vous pouvez lire les questions suivantes.


1) Que s’est-il passé le 8 mai ?
2) En Autriche, combien y avait-il d’hommes à peu près par chambre ?
3) Quelle était la proposition initiale du chef de groupe ?
4) Qui est invité aux rencontres ?
5) Combien de rencontres ont été organisées au total ?
6) Que font-ils à chaque fois après le repas ?
7) Quelle personne a initialement contacté tous les anciens du STO ?
8) Après la période en Autriche, qu’ont fait les anciens du STO ?
9) Pourquoi certains ont-ils refusé de participer aux rencontres ?


Écoutez maintenant le document audio (4 minutes 08).







EXERCICE :
Cette dernière partie est plus facile que le début mais j’ai essayé de préparer des questions portant sur de petits détails pour vous compliquer un peu la tâche… ;-)










TRANSCRIPTION :
Après l’exercice, vous pouvez lire la transcription et les remarques pour mieux comprendre le témoignage de Ghislain.


Ghislain : Alors, je suis arrivé à… à Evian le 2 mai et en… chez moi à Margueron (a) le 8 mai. On… je… me suis… Le 8 mai, je me suis trouvé à… à… la Libération (b) sur le…la, la… enfin, le canton que dans lequel j’étais, c’est Sainte Foy la Grande (c). Euh, mais ensuite, nous avons quand même gardé contact avec tous les, les gars (1) avec qui on était, on était… en Autriche, on était un groupe de 200 et… on était par piaule (2), environ, de… une dizaine de, de gars. Mais nous sommes restés pendant un certain temps sans… sans correspondre, puis un jour un des chefs de, de groupe de ce moment-là, euh, nous a, nous a demandé si on voulait pas, de nouveau, euh, se rencontrer et… envoyer une invitation à chacun pour que, à un endroit précis, on se retrouve. Et c’est ce qu’on a fait, euh, combien de temps après ? Je sais… Je ne sais pas… Les premières, euh… peut-être 20 ans après, quoi, on s’est retrouvés, euh, ensemble, pour repenser à ce qu’on avait vécu tout étant là-bas en Allemagne. Et ça a continué jusqu’à ces temps-ci mais au fur et à mesure (3), bon, euh, les… beaucoup disparaissaient, quoi, mouraient soit de maladie, soit de… et finalement, la dernière rencontre qu’on a eue, nous étions, euh, que… je me rappelle plus, sept… huit, huit, oui je crois… Hein, combien on était ? [Il s’adresse à sa femme Marie-Thérèse !] Huit avec nos épouses [en plus]. C’est, c’est… Voilà, qu’on invitait chaque fois. D’ailleurs chaque fois qu’on faisait… on invitait les épouses en même temps, oui. Alors, le nombre de rencontres, je m’en rappelle pas (4), il faudrait que je regarde dans tous mes papiers pour dire exactement le… le nombre de rencontres qu’on a eues après, au retour d’Allemagne [sic : ici, Ghislain voulait dire « d’Autriche » !].
Gab : Et qu’est-ce que vous faites quand vous vous rencontrez, comment ça se passe ?
Ghislain : Quand on se rencontre, bon, ben, on discute sur… sur ce qu’on avait fait là-bas, ce qu’on en… la vie qu’on avait, qu’on menait là-bas et puis on fait… un repas en commun et puis on se retire après le repas chacun dans son foyer (5). Voilà.
Gab : D’accord.
Ghislain : Voilà.
Gab : Comment vous avez fait pour vous retrouver ?
Ghislain : Euh, alors, pour nous retrouver, ç’a été très simple. Le président qui avait la, la liste… enfin, le président, celui qui à ce moment-là nous… était président du groupe là-bas à Wiener Neuestadt a donné l’adresse à une dame qui était postière dans une… du côté de Bergerac et c’est elle, quand elle travaillait de nuit, qui a recherché tous les… enfin tous les gars qu’elle pouvait, euh, qu’elle, et puis elle donnait le, le nom et c’est elle qui a… qui a donné le nom au président qui envoyait le… des lettres d’invitation à chacun. Voilà.
Gab : Grâce à la Poste !
Ghislain : Par la Poste, par la Poste, oui, oui ! C’est comme ça qu’on s’est retrouvés parce que chacun avait évidemment, sortant de... d’Autriche, après avoir fait sa vie (6) chez… chacun dans son, dans son quartier ou dans sa ville… bon, ben c’était assez difficile pour se retrouver et c’est grâce à elle… qu’on a retrouvé à peu près 200, 200 personnes, à peu près tous. Quelques-uns d’ailleurs, quelques-uns n’ont pas voulu, n’ont jamais, n’ont pas voulu, euh, participer, n’ont pas répondu et bon, c’est, c’est, ils étaient libres ceux qui n’ont pas voulu, bé, ils sont restés chez eux, quoi.
Gab : Oui, il y en a qui ont refusé de…
Ghislain : Ah oui, oui, à Bergerac, là, il y en a plusieurs qui… jamais on les… que je connaissais très bien, qui étaient en piaules avec moi, que je connaissais très bien mais jamais ils n’ont voulu participer.


Remarques de prononciation, habitudes de langage :
Ghislain parle avec un accent du Sud-Ouest, vous n’avez pas pu ne pas le remarquer ! Comme je l’écrivais dans la première partie de son interview, il « roule les R », c’est-à-dire qu’il les prononce un peu comme dans les autres langues latines.
Vous pouvez observer ici aussi qu’il hésite et cherche souvent ses mots. Rassurez-vous, il ne perd pas du tout la tête ! C’est juste que ce sont des souvenirs qu’il ne raconte pas souvent et qu’il lui faut retrouver les faits et les dates. De plus, il était un peu impresionné par mon micro ce jour-là ! Cela s’appelle, comme pour les comédiens au théâtre, le « trac » !

Remarques culturelles :
a) Margueron = petit village du Sud-Ouest, à 85 kilomètres à l’est de Bordeaux environ.
b) la Libération = comme vous l’avez remarqué dans l’exercice, on désigne par ce terme la fin de l’occupation nazie en France ET la fin du régime de Vichy - n’oublions pas qu’une certaine frange de la population française a collaboré avec les Nazis et a participé aussi à la déportation des Juifs.
c) Sainte Foy la Grande = petite ville à 80 kilomètres à l’est de Bordeaux environ. C’est en effet le chef-lieu de canton pour le village de Margueron. C’est par exemple à Sainte Foy que les gens de Margueron vont faire leurs courses (au marché, dans les supermarchés et les boutiques) et que les adolescents vont maintenant au collège et au lycée.

Remarques de vocabulaire et de grammaire :
1) Un gars (pluriel des gars) =
un homme, mais le mot « gars » (même étymologie que « garçon ») est un peu plus familier, vous connaissez sans doute l’équivalent actuel : « mec ».
2) Une piaule = une chambre (mot familier).
3) Au fur et à mesure = progressivement.
4) Je m’en rappelle pas : normalement, le verbe « se rappeler » a une construction directe. Exemples : « Je me rappelle les vacances chez mes grands-parents Ghislain et Marie-Thérèse. » ou « Je me les rappelle ». Ghislain aurait dû dire ici : « Je ne me le rappelle pas » (le nombre) ou « Je ne me les rappelle pas » (les rencontres). Vous observerez aussi qu’il oublie le « ne ». Cela fait deux erreurs dans la même phrase ! Mais comme ce sont sans doute les deux erreurs de grammaire les plus répandues en français, il est excusable ! Et vous ne choquerez personne si vous faites ces erreurs ! L'erreur avec « se rappeler » vient de la confusion avec le verbe synonyme « se souvenir de… ». Exemples : « Je me souviens des vacances chez mes grands-parents Ghislain et Marie-Thérèse. » ou « Je m’en souviens ».
5) Le foyer = c’est à l’origine la « partie de la cheminée où on fait du feu ». Par extension, ce mot désigne la « maison », le « logement » d’une famille. Et il y a aussi un troisième sens plus général encore, celui de « famille nucléaire » (ou de « ménage », le couple et ses enfants s’il y en a).
6) Faire sa vie = mener sa vie, par exemple fonder une famille ou encore faire carrière, se consacrer à une passion, etc. Exemple : on dira : « Mon mari est japonais mais il fait sa vie en France »…

lundi 1 décembre 2008

DOCUMENT DE COMPREHENSION ORALE pour le niveau B2+ (Ghislain) :

La vie de Ghislain pendant la guerre (3).




Ghislain a 86 ans. Il vit dans le Sud-ouest de la France où il était agriculteur. Pendant la seconde guerre mondiale, il a été réquisitionné pour le service du travail obligatoire (STO) et envoyé en Autriche. Si vous n’avez pas écouté les deux premières parties de son interview, faites-le plutôt d’abord. Et la fin de son témoignage est également disponible.





Première partie

Deuxième partie

Quatrième partie


DOCUMENT AUDIO (TROISIÈME PARTIE):
Avant d’écouter ce document, lisez les questions suivantes.

1) Quel a été le bilan du bombardement que Ghislain évoque au début ?
2) Quels dommages l’usine a-t-elle subis ?
3) Quels produits étaient fabriqués dans la nouvelle usine où est allé Ghislain ?
4) Vers la fin de la guerre, de quoi lui et ses camarades ont-ils eu peur ?
5) Comment ont-ils fait la plus grande partie du trajet vers la Suisse ?
6) Pourquoi n’ont-ils pas fait la totalité du retour en train ?
7) Que s’est-il passé à Évian ?
8) Que leur a-t-on donné à Évian ?



Écoutez maintenant le document audio (2 minutes 58).




EXERCICE :
Pour chaque question, choisissez la réponse correcte.




TRANSCRIPTION :
Après l’exercice, vous pouvez lire la transcription et les remarques pour mieux comprendre le témoignage de Ghislain.


Gab : Et après, donc ?
Ghislain : Alors, euh, a… après ce bombardement, trois de nos camarades ont été tués (a). Alors, on a été ch… comme tout avait été écrasé, on nous a fait changer d’usine (c), on nous a envoyés (b) sur une usine qui faisait le tissage, pour euh, remettre les machines, enfin, remonter des machines et les remettre en route pour reprendre, euh, le travail. Alors, là, j’y suis resté jusqu’à la fin, euh, jusque… au moment où on a quitté : on a été… à ce moment-là, on a pris la.. le… les Russes, les soldats russes avançaient, euh, assez vite et on nous a, on nous a dit (d), bon, si vous le… si vous voulez pas vous faire, euh, accrocher (1) par les Russes, il faut, à ce moment-là (2), il faut par… il faut nous suivre, tout le groupement dans lequel on était, euh, a décidé de partir à l’aventure (3) sur… vers le… en direction de la Suisse pour essayer de passer la frontière. Alors, on a, pendant je sais plus, je me rappelle plus le temps qu’on a mis (e) mais on a… de montagnes en plaines, de… de… de, on a pris de… quelquefois le train mais comme les voies étaient coupées, on faisait peut-être, euh, je sais pas, quelques kilomètres puis la voie était coupée, il fallait s’arrêter, on re… on reprenait sac au dos, on repartait dans le, dans la nature, finalement pour aboutir à… au pont… sur la frontière suisse au pont Saint Margrethen et à ce moment-là, on a passé la frontière, là, au pont Saint Margrethen, sur la… le bord de la frontière suisse. Et on… le… là on est restés (f) pendant quelques temps puis on a été embarqués via la France à ce moment-là par, euh, je me rappelle plus comment ça, c’était… je sais pas si c’est… oui, on a été démobilisés, après, à Evian, quoi, on a été jusqu’à Evian, voilà.
Gab : D’accord. Et tu es resté longtemps à Evian ?
Ghislain : À Evian, on y est, on a, on y est restés trois jours, euh, pour le, là on nous a démobilisés, on nous a donné des, du ravitaillement, on nous a démobilisés et on est re… on a repris le train en… à ce moment-là vers la France, je suis arrivé vers le… je me rappelle plus… en France… 45… je suis arrivé en France
Gab : Vers 45…
Ghislain : Vers 45.
Gab : Au total, tu es resté combien de temps en Autriche ?
Ghislain : En Autriche ? Deux ans, presque deux ans.
Gab : Oui, oui.
Ghislain : Presque deux ans en Autriche. On est restés presque deux ans en Autriche. Voilà. Oui.
Gab : D’accord. Merci !

Remarques de vocabulaire :
1) Accrocher : normalement, ce verbe signifie « fixer » mais ici, c’est l’idée d’avoir une altercation, ou des problèmes, avec l’armée russe, donc vraisemblablement d’être faits prisonniers.
2) À ce moment-là = (ici) dans ces conditions.
3) Partir à l’aventure = sans destination précise.

Remarques de grammaire :
Faites attention à l’accord du participe passé aux temps composés et à la forme passive. Quelques exemples :
a) Trois de nos camarades ont été tués : à la forme passive, on accorde le participe passé (au féminin ou au pluriel) avec le sujet grammatical.
b) On nous a envoyés : on n’accorde normalement pas le participe passé quand le verbe se conjugue avec l’auxiliaire avoir, sauf comme ici quand le pronom complément (« nous ») a une fonction de complément d’objet direct (COD) et est placé avant le verbe (construction normale du verbe : envoyer quelqu’un quelque part).
c) On nous a fait changer d’usine :
mais quand il s’agit du verbe « faire » et qu’il est suivi d’un infinitif, on n’accorde pas le participe passé, même quand le pronom est COD.
d) On nous a dit : il n’y a pas d’accord ici car le pronom « nous » est complément d’objet indirect (COI) (construction normale du verbe : dire quelque chose à quelqu’un).
e) Le temps qu’on a mis : il n’y a pas d’accord ici car le COD est masculin. Mais avec un COD féminin, vous pourriez dire, par exemple : « Gabrielle, j’ai écouté les interviews que tu as mises sur ton blog ! ». Attention, ceci marche avec le pronom relatif « que » (ou « qu’ ») mais PAS avec « qui », « où » et « dont » !
f) On est restés : et avec l’auxiliaire « être », on accorde presque toujours le participe passé. Vous avez peut-être entendu dire que « on » reste toujours singulier. Oui, quand il s’agit d’une généralité. Mais quand il s’agit d’un groupe (quand « on » = « nous »), c’est plus logique de faire l’accord au féminin pluriel ou au masculin pluriel.
Une dernière remarque sur les accords des verbes construits avec l’auxiliaire « être ». J’ai écrit plus haut que normalement, il fallait faire l’accord. Mais deux phrases d’exemple vous montreront que ce n’est pas toujours le cas avec des verbes pronominaux (verbes avec « se »). On dira : « Elles se sont vues. » (construction normale du verbe : voir quelqu’un) mais « Elles se sont téléphoné.
» (construction normale du verbe : téléphoner à quelqu’un). Et oui, il faut donc apprendre, petit à petit les constructions de tous les verbes… Mais rassurez-vous, c’est une de plus grandes difficultés du français, et même des gens quasiment bilingues ont encore des difficultés !

Remarques diverses :
Vous avez pu entendre que Ghislain « roule » les « R »… Mais ne cherchez pas à l’imiter, c’est une prononciation qui se perd, qui est caractéristique de gens plutôt âgés…
Vers la fin de l’interview, Ghislain hésite un peu, il est un peu impressionné par l’interview. Mais vous entendrez dans la dernière partie de son témoignage qu’il s’est ensuite ressaisi, et a clairement précisé les dates de son retour. Il s’agit bien de l’année 1945 puisque c’est celle de la fin de la seconde guerre mondiale.

Et pour finir : vous trouverez peut-être étonnant que je tutoie Ghislain. C'est vrai que l'on vouvoie plutôt les personnes de cet âge. Mais Ghislain est mon grand-père, cela est donc normal...

mercredi 19 novembre 2008

DOCUMENT DE COMPREHENSION ORALE pour le niveau B2+ (Ghislain) :

La vie de Ghislain pendant la guerre (2).




Ghislain a 86 ans. Il vit dans le Sud-ouest de la France et est retraité de l’agriculture. Pendant la seconde guerre mondiale, il a été réquisitionné pour le service du travail obligatoire (STO) et envoyé en Autriche. Si vous n’avez pas écouté la première partie de son interview, faites-le plutôt d’abord. La suite de son témoignage est également disponible.





Première partie

Troisième partie

Quatrième partie



DOCUMENT AUDIO (DEUXIÈME PARTIE):
Avant d’écouter ce document, lisez ces questions.


1) Sur quoi dormaient Ghislain et les autres prisonniers ?
2) Qu’est-ce qui les embêtait beaucoup pour dormir ?
3) Quelle était la première tâche de Ghislain à l’usine ?
4) Dans quel état d’esprit faisait-il ce premier travail ?
5) Quel a été le problème avec son second travail ?
6) Quelle a été la réaction du contremaître quand il a appris la profession de Ghislain ?
7) Dans quel type d’entreprise aurait dû être placé Ghislain ?
8) Que faisait Ghislain pour ralentir la cadence ?
9) En cas d’alerte, que faisaient les contremaîtres ?
10) Lors des alertes, où allaient en fait les prisonniers ?


Écoutez maintenant le document audio (2 minutes 39).








EXERCICE.
Pour chaque question, il y a une réponse correcte. Cochez-la. Et réécoutez le document en même temps si cela vous aide.



TRANSCRIPTION :
Après l’exercice, vous pouvez lire la transcription et les remarques pour mieux comprendre ce témoignage.


Gab : Alors comment ça se passait là-bas en Autriche ?
Ghislain : Euh, alors, euh… à l’usine, d’abord, d’abord nous avions, nous étions logés dans un baraquement (1) qui était pas tellement, très confortable, puisque, bon, c’était des châlits (2) en bois qu’on avait, avec simplement une couverture et… on était…
Gab : Pas de matelas ?
Ghislain : Pas de matelas ! Oh non, non, pas du tout ! On avait simplement un peu de paille (3) de… dessus pour se… s’étendre. Euh, ce qui… ce qu’on a… beaucoup, euh, ce qui nous a bien gênés souvent c’était les puces (4) et les punaises (5), parce que… on a eu des quantités de puces et de punaises. [Gab : Ouais.] Et alors, j’allais travailler à, à l’usine qui était à environ, de nos baraquement, deux kilomètres, deux kilomètres et demi. Là, moi, je… au début, j’ai nettoyé, on m’avait donné un aspirateur et je nettoyais les avions parce qu’on était, c’était une chaîne. Alors, je rentrais dans la cabine, avec mon aspirateur et j’en… j’aspirais toutes, les, le, le, toutes les saletés, quoi, qui avaient été, qui étaient à l’intérieur de, de la cabine. Alors, je passais d’un, d’un avion, à l’autre, euh, et, mais… j’allais très doucement parce que moins j’en faisais, mieux c’… je me portais, pour ce côté-là. Alors, euh, tout ça, ça a été le premier, ensuite, euh, on m’a mis à monter un, un tuyau dont je ne connaissais pas le… on m’avait fait voir comment il fallait le monter mais jamais, j’étais pas du tout mécanicien, je, je montais mon tuyau comme je pouvais. Alors le contremaître passait souvent à côté de moi et puis il me disait, euh, « gemma (6) » : « Vite ! Vite ! Travaille plus vite que ça ! ». Alors, je lui dis un jour que j’étais, euh, paysan (7), que j’étais pas… « Ah ! », il me dit, « Mein Gott ! Bauer ! (8) » Alors, il, il était abasourdi (9) parce qu’on m’avait envoyé dans… dans une usine d’aviation plutôt que de m’avoir mis dans un, chez un…
Gab : Chez un paysan !
Ghislain : Chez un paysan ! Alors, euh, je, je travaillais le moins possible, je ralentissais le plus possible dans le travail, j’étais plus souvent dans les waters (10), on s’enfermait dans les cabinets (10) pour éviter que, de, pour que le travail avance le moins vite possible. Et, euh, alors je suis resté là pendant, euh, oh, peut-être quatre ou cinq mois, et puis, on a, il a commencé à avoir des alertes alors à ce moment-là, quand il y avait des alertes, euh, les, les contremaîtres autrichiens qui étaient là avaient plus, encore plus peur que nous des bombardements alors, ils avaient, ils nous prévenaient (11), euh, dès que (12) la, la sirène sonnait, on le, on était prévenus et on, on mettait nos, nos sacs sur le dos et puis dès, dès que, on, la, la « Fliegeralarm (13) », ils appelaient ça la « Fliegeralarm », la « la « Fliegeralarm » était annoncée, alors à ce moment-là, poum (14), on passait la, la, la, le, à l’extérieur de la, de l’usine et on allait se réfugier (15) dans les bois (16), euh, à quelquefois quatre ou cinq kilomètres sur les hauteurs (17) autour de Wiener Neustadt. Et on revenait quand c’… la « Fliegeralarm » était passée, quoi ! Voilà.
Euh, qu’est-ce que je peux dire encore ?

Remarques de vocabulaire :
1) Un baraquement = un bâtiment provisoire ou rudimentaire, en bois.
2) Un châlit = le cadre d’un lit, son armature. C’est donc un lit très rudimentaire.
3) La paille = c’est l’ensemble des tiges des céréales quand le grain en a été enlevé : la paille s’utilise normalement pour les litières des animaux.
4) Une puce : ce n’est pas seulement un composant électronique, c’est aussi un petit insecte qui apprécie beaucoup normalement les poils des chats et des chiens et qui saute beaucoup… On peut être piqué ou mordu par une puce.
5) Une punaise : c’est un petit insecte à corps aplati et à l’odeur très désagréable.
6) « Gemma » : je ne parle pas allemand mais je me suis renseignée ! Il s'agit en fait d'un mot en dialecte autrichien, et non pas en allemand standard, qu'on utilise pour dire qu'il faudrait continuer, se dépêcher. Mais c’est ce que Ghislain explique juste après.
7) Un paysan = un agriculteur. Longtemps, ce mot a été jugé négatif mais depuis quelques années, certains agriculteurs essaient de le réhabiliter, en particulier grâce à l’action de la « confédération paysanne », un syndicat agricole très actif qui s’est beaucoup développé dernièrement. C’est maintenant le second syndicat agricole en France. Vous avez peut-être entendu parler de son ancien leader, José Bové.
8) « Mein Gott ! Bauer ! » = en allemand : « Mon Dieu ! Un paysan ! ».
9) Abasourdi = très étonné, très surpris, stupéfait.
10) Les waters = les cabinets = les toilettes. Mais ces deux mots ont un peu tendance à se démoder.
11) Prévenir = (ici) informer, alerter, avertir. Ce verbe peut aussi signifier « anticiper ».
12) Dès que = aussitôt que.
13) « Fliegeralarm » = mot allemand qui signifie « alerte aérienne ».
14) Poum = une onomatopée qui peut être utilisée, comme ici, le caractère soudain et rapide d’une action. Mais la plupart du temps, « poum », comme « boum » est une onomatopée servant à évoquer une explosion. Ce n’est pas le cas ici, même si on parle de bombardements.
15) Se réfugier = se mettre à l’abri.
16) Dans les bois = dans la forêt.
17) Sur les hauteurs = sur les collines.